Aux États-Unis, les voitures électriques rattrapées par de nouvelles taxes
Les nouvelles taxes visant les propriétaires de voitures électriques aux États-Unis marquent un premier signal officiel: l’époque des avantages sans contrepartie touche à sa fin. C’est l’une des premières tentatives à grande échelle pour mettre un terme aux privilèges verts et ramener l’électrique dans la réalité fiscale.
Comment un pays qui, hier encore, accordait des aides à l’achat de plusieurs milliers de dollars peut-il désormais demander un effort fiscal supplémentaire aux mêmes automobilistes? La réponse est pragmatique, sèche et mathématiquement difficile à éviter. Les États ont besoin de recettes fiscales pour fonctionner. Si les transports connaissent leur plus grande mutation technologique depuis un siècle, le système fiscal doit évoluer avec eux.
Le modèle de la taxe sur les carburants s’essouffle.
Pendant des décennies, la construction et l’entretien des routes ont reposé sur une idée simple mais efficace: la taxe sur les carburants. Plus vous rouliez, plus votre véhicule était lourd, plus vous consommiez, et plus vous payiez d’impôts à la pompe. C’était le modèle classique de l’utilisateur-payeur, avec un flux régulier de recettes pour maintenir les routes en état correct.
Les voitures électriques échappent en grande partie à ce système. Leurs propriétaires utilisent l’éclairage public, usent le bitume, souvent davantage que des modèles thermiques comparables en raison du poids des batteries, et patientent dans les mêmes embouteillages. Pourtant, ils ne contribuent pas par la fiscalité sur les carburants.
Que la recharge se fasse à domicile ou sur une borne publique, le Trésor perçoit beaucoup moins sur le trajet qu’à l’époque de l’essence et du diesel. Pour les États américains, la réaction ne relève donc pas d’une embuscade idéologique, mais d’une forme d’autodéfense budgétaire. Si l’assiette fiscale disparaît alors que les coûts routiers restent, les règles doivent changer avant que les infrastructures ne se dégradent.
L’ère des incitations arrive à son terme.
La première génération d’acheteurs de voitures électriques a bénéficié d’avantages publics, et l’argument pouvait s’entendre. Une nouvelle technologie avait besoin d’aide, et les premiers adoptants prenaient des risques que la société souhaitait les voir prendre.
Cette phase s’achève. Les voitures électriques ne sont plus des expériences de niche. Elles deviennent des produits de grande diffusion et, dans de nombreux segments, se rapprochent de la parité de prix avec les modèles essence. Les gouvernements ne peuvent pas les subventionner indéfiniment. Au contraire, lorsqu’une nouvelle technologie devient normale, elle doit commencer à financer sa part.
L’agacement des consommateurs se comprend aisément, mais il relève d’une vision économique à courte vue. Imaginer qu’un propriétaire de voiture électrique devrait rester durablement dispensé de financer les routes au seul motif que son véhicule n’émet pas de CO2 à l’échappement relève de l’illusion. Les systèmes sociaux, les écoles, les services de secours et le bitume lisse sous les pneus ne se financent ni avec de bonnes intentions ni avec des slogans verts.
Le kilométrage pourrait devenir le critère le plus juste.
Comment collecter l’impôt dans cette nouvelle réalité? Les forfaits annuels actuellement expérimentés dans certaines régions des États-Unis, souvent compris entre 100 et 300 dollars, soit environ 90 à 275 euros, ne sont qu’un outil de transition. Ils sont grossiers. Ils ne tiennent pas compte du fait qu’une voiture parcourt 2 000 kilomètres par an ou 50 000.
L’avenir de la fiscalité des transports reposera presque certainement sur la distance parcourue et le poids du véhicule. Les systèmes numériques, la géolocalisation par GPS et les relevés annuels du compteur kilométrique lors des contrôles techniques vont tous dans le même sens. C’est la seule manière de rétablir un sentiment d’équité: payer en fonction de l’usage réel de l’espace partagé.
Les voitures électriques doivent payer leur part.
L’électrification de l’industrie automobile ne se résume pas à un changement de moteur. Elle remet à plat tout le modèle économique qui sous-tend les transports.
Les pays qui ouvrent tôt le débat fiscal, comme le font aujourd’hui certains États américains, se donnent de meilleures chances de conserver des routes en bon état et des budgets stables. Ceux qui continueront à compter indéfiniment sur la taxe sur les carburants risquent de se réveiller dans dix ans avec des routes dégradées et des caisses vides.
Le monde change, et la fiscalité changera avec lui. Les voitures électriques peuvent être plus propres à l’échappement, mais elles ne sont ni sans poids, ni sans routes, ni gratuites.