Mitsubishi revient sur le marché américain du pickup avec l’aide de Nissan
Mitsubishi prépare un nouveau pickup de taille moyenne pour l’Amérique du Nord, Nissan jouant un rôle clé dans son développement et sa production. L’objectif dépasse largement le lancement d’un simple modèle, il s’agit pour la marque de revenir dans l’un des segments les plus rentables des États-Unis, dominé par le Toyota Tacoma, le Ford Ranger et le Chevrolet Colorado.
Mitsubishi a besoin d’une nouvelle arme lourde aux États-Unis
Mitsubishi et Nissan préparent un pickup destiné au marché nord-américain. Selon Reuters, Mitsubishi a confirmé ce projet commun avec Nissan dans son nouveau plan à moyen et long terme, en l’associant à une stratégie de croissance plus large.
Pour Mitsubishi, le marché américain a clairement besoin de ce type d’initiative. La marque y vend aujourd’hui surtout des SUV et l’Outlander PHEV, mais elle n’a aucun modèle dans une catégorie où les clients paient volontiers pour l’équipement, la capacité de remorquage et l’image tout-terrain. Ce nouveau pickup comblerait le vide laissé depuis la disparition du Raider en 2009. Selon Car and Driver, Mitsubishi n’a plus vendu de pickup aux États-Unis depuis cette date.
La plateforme Nissan donne un sens économique au projet
La base technique la plus logique vient du prochain Nissan Frontier. Car and Driver écrit que le nouveau pickup Mitsubishi devrait utiliser la nouvelle plateforme à châssis échelle de Nissan, que la marque prépare pour 2028 environ. Cette même architecture devrait aussi servir de base au nouveau Frontier, à l’Xterra et à un modèle Infiniti.
Cela règle deux problèmes d’un coup pour Mitsubishi. D’abord, la marque ne possède pas d’usine automobile aux États-Unis, ce qui rendrait un pickup importé du Japon ou de Thaïlande trop cher à cause des droits de douane. Ensuite, la plateforme Nissan réduit les coûts de développement, puisque Mitsubishi n’a pas besoin de concevoir de zéro un pickup américain spécifique. Road & Track associe la production au réseau industriel nord-américain de Nissan, en particulier à l’usine de Canton, dans le Mississippi, où le constructeur se concentre déjà sur les modèles à châssis séparé.
Il ne s’agit pas simplement d’un L200 avec des plaques américaines
Le futur modèle américain ne doit pas être confondu avec l’actuel Mitsubishi L200, également connu sous le nom de Triton. Le Triton est un modèle mondial que Mitsubishi vend sur de nombreux marchés hors des États-Unis. Selon les chiffres australiens, son moteur 2,4 l biturbo diesel développe 150 kW et 470 Nm, peut remorquer jusqu’à 3500 kg et accepte une palette euro de 1200 x 800 mm dans sa benne.
Ce serait insuffisant pour une simple transposition sur le marché américain. Les acheteurs américains attendent un moteur essence, une boîte automatique, une forte capacité de remorquage et une vraie version tout-terrain crédible. Si Mitsubishi récupère la nouvelle plateforme Nissan, le projet se rapprochera davantage de la famille technique du Frontier qu’il ne se limitera à un simple rebadgeage du Triton assemblé en Thaïlande.
Les rivaux ont déjà un niveau technique élevé
Il n’y a plus de place pour un produit à moitié abouti dans la catégorie des pickups de taille moyenne aux États-Unis. Le Ford Ranger, avec son 2,3 litres EcoBoost, développe 201 kW et 420 Nm, le Chevrolet Colorado, avec son 2,7 litres TurboMax, atteint 231 kW et 583 Nm, et le Toyota Tacoma i-FORCE MAX hybride monte jusqu’à 243 kW et 630 Nm.
Les 150 kW et 470 Nm du Triton seraient tout à fait honorables sur un pickup de travail, mais aux États-Unis, ils paraîtraient modestes face au Ranger et au Colorado. Mitsubishi devra donc proposer soit des moteurs essence Nissan, soit un système hybride, soit une forme de groupe motopropulseur électrifié. Le plan Momentum 2030 de Mitsubishi North America confirme d’ailleurs que la marque veut utiliser des moteurs thermiques, des hybrides, des hybrides rechargeables et des voitures électriques, sans s’enfermer dans une seule technologie.
En Europe, le L200 compte plus que le pickup américain
Ce modèle aura peu de conséquences directes pour l’Europe. Le segment européen du pickup est bien plus étroit, les règles fiscales rendent les chiffres de CO2 plus déterminants, et plusieurs constructeurs se sont déjà retirés de la catégorie ou n’y vendent qu’en volumes bien plus faibles. Pour Mitsubishi en Europe et sur les marchés proches, le rôle principal reste celui du L200 et du Triton, pas celui d’un modèle sur base Nissan conçu pour les États-Unis.
Le projet montre néanmoins la nouvelle réalité de l’alliance Renault, Nissan et Mitsubishi. Jusqu’ici, Mitsubishi avait fourni la technologie du Triton pour le nouveau Nissan Navara sur plusieurs marchés mondiaux. Désormais, l’aide circule dans l’autre sens, Nissan soutenant le retour de Mitsubishi dans la catégorie des pickups américains. C’est un échange pragmatique, pas un héritage romantique d’un modèle à l’autre.
Mitsubishi joue sa survie, pas la nostalgie
Le nouveau plan à long terme de Mitsubishi promet 13 nouveaux modèles sur six ans, environ 1 000 milliards de yens d’investissements de croissance, soit 5,4 milliards d’euros, et un résultat opérationnel de 160 milliards de yens, soit 862 millions d’euros, pour l’exercice 2029. Le calcul s’appuie sur le taux de la Banque centrale européenne du 3 juin 2026, lorsque 1 euro valait 185,66 yens.
Le nouveau pickup américain s’inscrit parfaitement dans cette logique. Mitsubishi n’a pas besoin d’un modèle de niche pour les fidèles de la marque aux États-Unis. Elle a besoin d’un produit à forte marge, capable de faire grimper les volumes et d’offrir un nouvel argument de vente à son réseau. Si Nissan fournit un châssis solide, une production locale et la bonne palette de motorisations, Mitsubishi pourrait revenir dans une catégorie où la marque conserve une certaine crédibilité historique, mais qu’elle a laissée vide pendant bien trop longtemps.
Fiche technique
Mitsubishi et Nissan préparent un nouveau pickup de taille moyenne pour l’Amérique du Nord.
La base technique probable est la nouvelle plateforme à châssis échelle de Nissan, liée au Frontier de 2028.
Le Mitsubishi Triton actuel développe 150 kW et 470 Nm et peut remorquer jusqu’à 3500 kg.
Les rivaux américains jouent dans une autre cour, avec 201 kW et 420 Nm pour le Ford Ranger, 231 kW et 583 Nm pour le Chevrolet Colorado, et jusqu’à 243 kW et 630 Nm pour le Toyota Tacoma hybride.
Du point de vue européen, le L200 et le Triton restent plus importants, car le nouveau modèle vise avant tout le marché américain.