Lucid Air Grand Touring
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Lucid détient 1,47 milliard de dollars d’invendus, sa valorisation tombe à 1,9 milliard

Auteur auto.pub | Publié le : 08.05.2026

Les résultats du premier trimestre de Lucid mettent en lumière une contradiction gênante pour le constructeur de voitures électriques de luxe. L’entreprise produit plus de voitures qu’elle n’en livre à ses clients, tandis que la valeur de ses stocks approche désormais celle de sa capitalisation boursière.

Lucid a produit 5 500 voitures au premier trimestre 2026, mais n’a livré que 3 093 véhicules à ses clients. L’écart signifie que la production a dépassé les livraisons de plus de 2 400 unités. Fin mars, la valeur des stocks inscrits au bilan de Lucid atteignait 1,47 milliard de dollars, soit 1,25 milliard d’euros, contre 1,11 milliard de dollars, soit 943 millions d’euros, à la fin de 2025.

Ce chiffre en dit long sur la situation actuelle de Lucid. La capitalisation boursière de l’entreprise tourne désormais autour de 1,90 milliard de dollars, soit 1,61 milliard d’euros. Autrement dit, ses stocks représentent environ 77 % de sa valeur en Bourse. Cela ne signifie évidemment pas que ces voitures ne valent rien. En revanche, cela montre à quel point le marché intègre désormais le risque lié au modèle économique de Lucid.

Loin de l’euphorie autour des voitures électriques

La situation actuelle de Lucid tranche nettement avec l’envolée boursière des véhicules électriques en 2021. À l’époque, la valorisation du groupe avait dépassé 91 milliards de dollars, soit 77,32 milliards d’euros, faisant brièvement de Lucid une entreprise mieux valorisée que Ford et General Motors. Lucid n’a toutefois jamais été le constructeur automobile le mieux valorisé au monde. Sur la même période, Tesla a franchi le seuil des 1 000 milliards de dollars et est resté le leader du secteur en Bourse.

Par rapport à sa valorisation actuelle d’environ 1,9 milliard de dollars, soit 1,61 milliard d’euros, Lucid a perdu près de 98 % de sa valeur boursière depuis ce pic de 2021. Ce contexte compte, car le marché ne réagit pas seulement à un trimestre décevant. Les investisseurs ont réévalué l’ensemble de l’hypothèse selon laquelle une voiture électrique chère et techniquement ambitieuse pouvait rapidement devenir une activité de grande taille et rentable.

Lucid a en partie attribué le rythme plus faible de ses livraisons à des problèmes touchant le SUV Gravity. Selon Reuters, le problème concernait les sièges de la deuxième rangée et a particulièrement pesé sur les chiffres de février, même si l’entreprise affirme l’avoir résolu au cours du trimestre.

Gravity porte un poids stratégique inhabituel pour un seul modèle

Le Gravity est stratégique pour Lucid. La berline Air a démontré les capacités techniques de l’entreprise, mais un grand SUV électrique est censé s’adresser à une clientèle plus large et plus rentable. Le premier trimestre a toutefois montré à quel point la marge d’erreur de Lucid est réduite. Un seul problème dans la chaîne d’approvisionnement a rapidement gonflé les stocks, pesé sur la trésorerie et contraint l’entreprise à revoir ses plans de production.

Le chiffre d’affaires trimestriel de Lucid a progressé de 20 % sur un an, à 282,5 millions de dollars, soit 240 millions d’euros, mais la perte nette a atteint 1,03 milliard de dollars, soit 875 millions d’euros. Le flux de trésorerie disponible a été négatif de 1,44 milliard de dollars, soit 1,22 milliard d’euros, sur le trimestre. En avril, l’entreprise a levé environ 1,05 milliard de dollars, soit 892 millions d’euros, de capitaux nouveaux et a indiqué que sa liquidité pro forma atteignait 4,7 milliards de dollars, soit 3,99 milliards d’euros, à la fin du trimestre.

Cela donne du temps à Lucid, mais ne règle pas son problème principal. L’entreprise doit beaucoup mieux aligner production, livraisons et demande. Pour l’instant, Lucid apparaît plus solide comme entreprise technologique que comme constructeur automobile. Le produit est coûteux et techniquement abouti, mais les volumes de vente ne couvrent toujours pas les coûts de production et de développement.

L’histoire de la croissance laisse place à celle de la discipline

Lucid a aussi suspendu ses précédentes prévisions de production pour 2026. L’entreprise visait jusque-là entre 25 000 et 27 000 voitures, mais la nouvelle équipe dirigeante réexamine désormais ces objectifs. C’est une décision logique. Pour le marché, elle est aussi douloureuse. Le récit de croissance cède la place à un discours centré sur la maîtrise des coûts et la preuve de la demande.

Les 1,47 milliard de dollars, soit 1,25 milliard d’euros, de stocks chez Lucid ne sont pas seulement une ligne temporaire au bilan. Ce montant montre que, sur le marché des voitures électriques premium, la qualité technique et la patience des investisseurs ne suffisent plus. L’entreprise doit prouver qu’elle peut produire des voitures coûteuses dans les délais, les livrer à ses clients et réduire ses pertes dans le même temps.

La valorisation actuelle envoie un message assez clair. Wall Street ne valorise plus Lucid comme le prochain Tesla. Le marché le valorise comme un constructeur de niche risqué, doté d’une technologie solide, d’une production coûteuse et d’une demande qui se transforme trop lentement en trésorerie.

Les équivalents en euros utilisent le taux de référence de la BCE du 7 mai 2026, selon lequel 1 euro valait 1,1770 dollar.