Lamborghini relance le coupé GT 2+2
À Sebring, Stephan Winkelmann a indiqué que le « modèle manquant » de Lamborghini était un grand tourisme 2+2 à deux portes, attendu sur le marché avant la fin de la décennie.
Lamborghini prépare un quatrième modèle et a, dans le même temps, écarté l’hypothèse d’un petit SUV comme celle d’une berline. Dans un entretien publié par Road & Track, Stephan Winkelmann l’a formulé sans détour : il manque à la marque « une voiture de grand tourisme. Une 2 portes 2+2 ». Point important, Lamborghini n’a toujours pas dévoilé de nom officiel, ni la carrosserie définitive, ni la motorisation.
L’idée d’un retour aux sources fonctionne sur le papier, mais l’histoire de la marque est un peu moins simple que ne le laisse entendre le titre. Première Lamborghini de série, la 350 GT a été présentée en 1964. Pourtant, l’historique officiel de la marque la classe comme une 2+1 et non comme une 2+2. Sa production a atteint 150 exemplaires, auxquels s’ajoutent deux versions Spider. La véritable lignée des 2+2 commence avec la 400 GT en 1966, que Lamborghini présente elle-même comme une base pour les modèles à venir, avant de se poursuivre avec les Jarama et Espada. La Jarama a aussi marqué le dernier chapitre des 2+2 à moteur V12 avant de la marque. Il s’agit donc moins d’un retour à un modèle précis que d’un retour à la philosophie GT des débuts de Lamborghini.
Cette nuance compte, car les projets d’avenir du constructeur ont déjà évolué une fois. Dans sa stratégie Direzione Cor Tauri 2024, Lamborghini annonçait le lancement de son premier modèle 100 % électrique en 2028. Cette orientation avait été préfigurée par le concept Lanzador de 2023, une Ultra GT 2+2 électrique dotée de deux moteurs, d’une transmission intégrale et de plus d’un mégawatt de puissance maximale. Désormais, Winkelmann affirme que la piste électrique reste d’actualité, mais qu’elle n’arrivera pas sur le marché avant 2030.
Le champ reste donc largement ouvert à une solution plus pragmatique. Le Lanzador était déjà présenté comme une Ultra GT 2+2, Road & Track décrit la même logique générale de carrosserie, et Car and Driver présente ce quatrième modèle comme un grand tourisme attendu avant la fin de la décennie. En pratique, l’issue la plus probable semble désormais être celle d’une GT hybride rechargeable, qui conserverait une partie de la logique d’architecture et de positionnement du Lanzador tout en s’éloignant du risque commercial d’une voiture entièrement électrique.
On comprend aisément pourquoi Lamborghini pourrait faire ce choix. La marque a livré un record de 10 747 voitures en 2025, achevé l’hybridation de sa gamme principale et s’est présentée comme le seul constructeur de supersportives de luxe à disposer d’une gamme de série entièrement hybride. Le même communiqué officiel précisait aussi que le carnet de commandes de la Temerario couvrait déjà environ 12 mois. Dans une telle situation, Lamborghini n’a pas besoin d’un autre petit SUV destiné à faire du volume, ni d’une berline entraînée dans une guerre des prix. Il lui faut un quatrième modèle à forte marge, capable de s’intercaler entre les supercars et l’Urus, d’élargir la clientèle sans diluer l’exclusivité.
Lamborghini semble avoir compris qu’en 2026, les acheteurs fortunés sont bien plus enclins à dépenser pour des performances hybrides que pour une coûteuse expérimentation 100 % électrique. Un grand tourisme 2+2 offre à la marque un moyen de valoriser son histoire, d’exploiter une technologie hybride qu’elle maîtrise déjà et de repousser l’échéance du tout électrique sans forcer le marché. Si Sant’Agata parvient à conserver un design suffisamment bas, spectaculaire et immédiatement identifiable comme une Lamborghini, ce quatrième modèle pourrait s’avérer plus qu’un simple compromis. Il pourrait devenir l’un des projets les plus importants de la prochaine décennie en matière de rentabilité.