La nouvelle logique des subventions japonaises aux VE frappe aussi l’industrie locale, le Nissan Ariya recule, Toyota et Tesla en profitent
Depuis le 1er avril, le Japon a remanié ses subventions à l’achat de voitures électriques de façon à favoriser clairement la production nationale de batteries et les chaînes d’approvisionnement conformes à ses priorités industrielles. Le coup ne touche pas seulement les marques chinoises. Le tableau officiel montre que l’aide au Nissan Ariya passe de 1,29 million de yens, 7 900 euros, à 1,0 million de yens, 6 100 euros, tandis que le Toyota bZ4X reste à 1,3 million de yens, 7 950 euros, et que plusieurs versions du Tesla Model Y demeurent à 1,27 million de yens, 7 770 euros.
Sur le papier, l’objectif de Tokyo est assez clair. Le ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie, le METI, présente les subventions CEV sous un double angle : accélérer l’adoption de véhicules plus propres et utiliser l’électrification du marché intérieur pour renforcer la compétitivité de l’industrie automobile japonaise ainsi que sa position à l’export. Les documents stratégiques officiels précisent aussi que le niveau des aides dépend de la contribution d’un constructeur à la transition verte sur l’ensemble de la chaîne de valeur automobile, en tenant compte non seulement du véhicule lui-même, mais aussi des infrastructures de recharge, de l’après-vente et de l’environnement global d’usage.
Dans les faits, le durcissement est devenu nettement plus visible le 1er avril. Dans le barème officiel, le Toyota bZ4X conserve une aide de 1,3 million de yens, soit 7 950 euros. À l’inverse, différentes versions du Nissan Ariya passent de 1,29 million de yens, 7 900 euros, à 1,0 million de yens, 6 100 euros. Les BYD Atto 3 et Seal tombent d’une fourchette de 350 000 à 450 000 yens, soit 2 140 à 2 750 euros, à seulement 150 000 yens, 920 euros, tandis que plusieurs versions du Tesla Model Y restent à 1,27 million de yens, 7 770 euros. Le message politique est difficile à manquer. Le Japon ne récompense pas simplement un blason national. Il favorise des chaînes d’approvisionnement plus étroitement alignées sur ses objectifs de résilience industrielle et de sécurité stratégique des approvisionnements.
Le pays avait déjà pris cette direction en 2024, en soutenant des projets liés aux batteries et à leurs composants à hauteur de 350 milliards de yens, soit 2,14 milliards d’euros, tout en affirmant ouvertement vouloir renforcer la chaîne d’approvisionnement nationale des batteries et la compétitivité de cette industrie. Les documents du METI vont dans le même sens, en mettant en avant une base de production domestique plus large et des approvisionnements plus stables. Le barème 2026 des subventions ne constitue donc pas une opération isolée. Il s’inscrit dans une stratégie plus longue par laquelle Tokyo cherche à rapatrier sur son sol une part plus importante de la chaîne de valeur du véhicule électrique.
Le problème, c’est que le Japon a aujourd’hui besoin de deux choses à la fois : une filière batterie plus solide et un marché du véhicule électrique plus dynamique. Reuters relevait le 3 avril que le marché japonais des VE progresse encore lentement et que les acheteurs continuent de privilégier les hybrides. Dans ce contexte, toute baisse de subvention qui touche aussi des modèles locaux risque de compliquer la transition au lieu de l’accélérer. Si le Nissan Ariya devient moins attractif pour les acheteurs au moment même où Tesla développe agressivement son réseau commercial et de service au Japon, le résultat ne renforce pas nécessairement l’industrie automobile japonaise dans son ensemble. Il profite surtout à ceux qui correspondent le mieux au nouveau système d’évaluation.
C’est toute l’ambiguïté de cette politique. Un régime de subventions conçu pour protéger l’industrie nationale peut finir par désigner des gagnants et des perdants au sein même du secteur japonais, alors que le marché global du véhicule électrique peine encore à prendre de la vitesse.