AC Schnitzer met fin à l’aventure
Le groupe Kohl, maison mère d’AC Schnitzer, a récemment annoncé son retrait de l’activité de préparation automobile. En cause, un environnement où modifier des voitures est devenu presque aussi complexe que la physique nucléaire, et à peu près aussi rentable que la vente de télécopieurs. Son directeur général, Rainer Vogel, a reconnu avec une certaine amertume que les procédures d’homologation allemandes étaient devenues absurdes.
Le problème est concret. L’entreprise développe un nouveau kit de suspension qui rend une voiture d’une précision chirurgicale, puis doit attendre huit ou neuf mois qu’un fonctionnaire allemand valide les documents. Quand cette pièce d’ingénierie arrive enfin sur le marché, la concurrence travaille déjà sur le modèle suivant. Parfois, le client a même revendu l’auto parce que son contrat de location est arrivé à échéance.
Le deuxième coup est venu d’un constat plus inconfortable. Vogel a admis que l’entreprise n’avait pas su créer le même lien avec une nouvelle génération qu’avec celle de leurs pères. Les jeunes acheteurs ne recherchent plus les mains pleines de cambouis ni la bande-son d’un échappement. Ils veulent des écrans plus grands et davantage de ports de charge pour leurs téléphones.
L’essor de la voiture électrique a aussi refroidi le monde de la préparation. Que modifie-t-on désormais ? Une nouvelle ligne de code pour que l’auto émette un bip au lieu d’un grondement à l’accélération ? AC Schnitzer a bien tenté l’expérience avec les i4 et même les i5, mais à l’ère de Tesla, un aileron arrière en fibre de carbone sur une électrique semble surtout décoratif. L’effet visuel existe, l’utilité paraît beaucoup moins évidente.
D’un point de vue économique, la décision est plus froide, plus nette et, il faut le dire, parfaitement rationnelle. Le groupe Kohl n’est pas en faillite. Il a simplement jugé que vendre et entretenir des voitures rapportait davantage que les démonter pour les améliorer, selon le point de vue adopté. La hausse du coût des matières premières, les difficultés logistiques et la volatilité des taux de change ont comprimé les marges d’AC Schnitzer jusqu’à les rendre extrêmement faibles.
Sur le papier, l’ensemble du marché de la préparation reste pourtant bien orienté. Les prévisions l’estiment à près de 8 milliards de dollars, soit 7,4 milliards d’euros, d’ici 2031. Mais cette croissance provient surtout de retouches logicielles et de copies asiatiques bon marché, pas d’une ingénierie allemande artisanale.
Le départ d’AC Schnitzer marque la fin d’une époque. Il signale aussi l’effacement progressif d’une culture automobile fondée sur l’individualité mécanique. Nous nous dirigeons vers un monde où les voitures ressemblent à des coques de smartphone, interchangeables, fades et de plus en plus difficiles à distinguer les unes des autres.
Le groupe Kohl cherche à vendre la marque. Le nom AC Schnitzer pourrait donc réapparaître sur un SUV électrique chinois ou sur une gamme d’accessoires lifestyle. Mais l’AC Schnitzer qui a gagné en DTM et fait battre les cœurs s’apprête à quitter la scène.
Alors, si vous avez encore un jeu de jantes Type II à la cave, mieux vaut le conserver. Il pourrait bientôt valoir plus que votre portefeuille de cryptomonnaies. À la différence de l’argent numérique, un vrai morceau d’aluminium allemand a au moins le mérite d’exister.